L'image du barbare dans les Fictions



     L'image du barbare, plus ou moins déformée, se retrouve dans le fantastique, en particulier dans l'heroic fantasy. Ce style naît avec John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973), dans la première moitié du 20ème siècle, à travers Middle Earth. Les " Terres du Milieu ", comme on a coutume de le traduire en français, sont peuplées de toutes sortes de créatures, dont plusieurs races " intelligentes " : les Hommes, les Hobbits, les Elfes, les Nains, les Orcs ou Gobelins, les Trolls… Le monde de Tolkien est totalement manichéen, et on y voit les forces du Mal contrées par celles du Bien, mais ce n'est pas là l'essence de l'œuvre. Car on peut vraiment parler de mosaïque tant ce monde présente de nombreuses facettes fascinantes. Mais intéressons-nous à l'image du barbare et aux influences de ces peuples antiques dans le monde de Tolkien.


     Les races ont une importance énorme dans Middle Earth, et plusieurs reflètent une certaine idée, à chaque fois différente, du barbare. Mais avant même de les analyser, il est intéressant de noter que toutes les races dans Middle Earth sont, à des degrés divers, d'inspiration soit nordique, soit celte. Même leurs noms sont souvent tirés du germain archaïque, du suédois ou de l'anglais médiéval, des langues dérivées du parler nordique originel : il ne faut pas oublier que Tolkien était un maître philologue et qu'il possédait une connaissance très approfondie de tous ces langages et de leurs origines. Ces deux courants, nordique et celtique, Tolkien les allie et les transforme, nous allons voir que la plupart de ces races sont liées tantôt à la magie (pensée nordique), tantôt à la nature (pensée celte), et parfois aussi aux deux. Ainsi, Tolkien utilise des créatures issues des mythologies barbares, tout en plaçant dans chacune d'elles une représentation du barbare.

     Les Trolls (troll est un mot suédois. Dans la mythologie, cette créature est très variablement évoquée : néfaste ou vertueuse, minuscule ou géante, stupide ou malicieuse. De la même manière, dans le fantastique, les représentations varieront, ainsi dans la saga de l'Arcane des épées de Tad Williams, les Trolls d'Ycanuq sont de sympathiques petits êtres rusés - et pas dans le mauvais sens), brutes herculéennes parfaitement stupides sont l'image de la force légendaire des guerriers barbares, et en même temps, ils sont liés très fortement à la nature, on les dit nés du roc, et à la magie, car ils sont eux même animés par celle-ci et se transforment en pierre sous l'effet des rayons du soleil.

     Les Orcs (orcneas signifie en vieil anglais cadavres-démons) ou Goblins (j'ignore pourquoi Tolkien a varié l'appellation du The Hobbit au The Lord of the Rings, il semble pourtant que le mot " Orc " apparaisse à une ou deux reprises dans The Hobbit mais sans pour autant être mis clairement comme synonyme de Goblin comme ce sera le cas dans le LoR, cela peut être tout simplement du au fait que Tolkien a choisi d'en faire une créature plus horrible qu'un simple Goblin. En effet, il avait volontairement écrit The Hobbit comme une sorte de conte pour enfants, car Tolkien les adorait : il suffit d'admirer les magnifiques cartes féeriques qu'ils préparaient lui-même pour ses petits enfants lors de la Noël), guère moins stupides, sont davantage une image de l'envahisseur, ils sont tous des guerriers assoiffés de conquêtes, mais ce ne sont que des instruments car ils sont toujours contrôlés par des puissances maléfiques qui les dépassent : dans le LoR, il s'agit d'un côté de Sauron la Maia (demi-dieu ténébreux tout puissant) déchu et de l'autre Saroumane l'Ista (sorcier et demi-dieu corrompu) déchu lui aussi.

     Les Nains (dwarf est un mot dont les origines se perdent dans la nuit des temps, dweorh en vieil anglais, dwergaz en allemand préhistorique et dhwergwhos en indo-européen. Les Nains de Tolkien regroupent aussi l'image du Gnome - créature mythique très similaire, tandis que d'autres œuvres fantastiques en feront deux races distinctes - pensez à la saga des Royaumes Oubliés), ils sont barbus (l'idéal de beauté méditerranéen était imberbe, l'image qu'on se faisait du barbare était un être laid et donc barbu, par ailleurs, la barbe chez les anciens était aussi un symbole de la sagesse : Tolkien fusionne les deux idées) et comme leur nom l'indique ils sont petits, mais pas minuscules comme dans certaines fables : ils mesurent dans les 1,40 m. A noter que leur espérance de vie est bien supérieure à celle des hommes, puisqu'ils pourraient vivre un jusqu'à demi millénaire. Ils vivent dans les montagnes (toujours comme dans la mythologie nordique : légende du Roi sous la Montagne, ou de la montagne qui " s'ouvre " dans le Charmeur de Rats) et ont une maîtrise sans égal des arts de la forge et de l'orfèvrerie (pensez particulièrement aux celtes pour ce qui est de la métallurgie), deux éléments qui vont ensemble, en effet, les montagnes qu'ils creusent recèlent toutes sortes de métaux, dont certains magiques, comme le fameux mithril.
     En outre, les Nains sont têtus, impétueux et grognons, leur force est surnaturelle pour leur taille et ils sont de valeureux guerriers, bien des caractéristiques qui nous font facilement penser à l'archétype du barbare. Les armes de prédilection des Nains sont la hache et le marteau (le fameux Warhammer qui a donné son nom au célèbre jeu de plateau), là aussi le lien avec les Nordiques est implicite : ceux-là utilisaient souvent en guise d'armes leurs outils les plus familiers : le marteau pour la forge, la métallurgie, et la hache pour le bûcheronnage et le travail du bois.
     Par ailleurs, les Nains sont riches et avares : possédant des métaux précieux issus de leurs mines et un talent immense pour les travailler, ils sont devenu un peuple de riches marchands. Cette avarice est liée à leur logique même de protectionnisme et s'oppose précisément à leur volonté de commerce, mais finalement, ce paradoxe se trouve concilié avec l'idée que " tout doit sortir mais rien ne doit entrer " qui s'applique sur tous les plans : économique, financier, politique et militaire. En effet, on l'aura compris, les Nains forment une civilisation défensive. De ce fait, il est normal que les Orcs et les Dragons soient leurs ennemis naturels puisque ceux-là sont des conquérants, des envahisseurs. En ce qui concerne les Dragons (on le voit bien avec Smaug le Doré dans The Hobbit), ce sont même des voleurs de trésors. Enfin, il faut souligner l'utilisation naine des runes magiques, une magie là encore essentiellement défensive (pensez à la porte secrète de Khazâd-Dum - la Moria - dans le LoR).

     Les Elfes (elf en anglais, aelf en vieil anglais, alfr en norvégien ancien. Ce sont des créatures très mal définies - comme les Trolls - que Tolkien a su normaliser) sont les êtres les plus fantastiques et étonnants de Middle Earth, aussi connu sous le nom de Premiers Nés, ils ont précédé les humains dans la Création, et sans êtres des demi-dieux, ils sont immortels (aucun Elfe ne peut mourir de vieillesse car si son corps change en vieillissant, il ne s'altère pas. De même, il ne peut mourir de maladies, de fatigue, de faim ou de soif, de chaud ou de froid, et la plupart des poisons lui sont insensible), mais pas invulnérables car ils peuvent êtres tués par la violence (bien que leur cicatrisation soit infiniment meilleure que celle des hommes), auquel cas ils entament une seconde vie dans le Royaume des Valar (les dieux). Ce sont des êtres proches de la perfection, humanoïdes sveltes et gracieux, ils sont de toute beauté.
     Contrairement aux races déjà évoquées, la femme Elfe a un statut égal à celui de l'homme, voir même supérieur si l'on pense à Luthien (La légende de Beren et Luthien raconte l'épopée d'une princesse elfe et d'un héros humain liés par un amour impossible. Comme nous l'avons dit, Tolkien a crée un monde complet, et la mythologie tient une place très importante, probablement parce qu'elle est le matériau même qui a permis à Tolkien de créer son univers. La légende de Beren et Luthien ait évoquée sous la forme d'un long et magnifique poème dans le LoR, elle est également narrée dans le Silmarillon et Contes et Légendes inachevées, le Premier Age) ou même Galadriel (Une puissante Reine elfe qui joue un rôle capitale dans le LoR et qui a aussi le droit à son poème).
     Les Elfes, sont à l'opposé des Trolls (ce qui paradoxalement les rapproche, d'ailleurs, il semble que ces deux races mal définies chez les nordiques soient parfois considérée comme une seule), aussi intelligents que ceux-ci sont idiots, aussi gracieux que ceux-ci sont balourds, mais aussi liés à la nature et la magie qu'eux. Les Elfes sont subdivisés en trois espèces dans Middle Earth : les Eldar ou Hauts-Elfes qui ont foulé de leur pied le Royaume des Valar ce qui leur confère une encore plus puissante magie, ils sont par ailleurs les plus rares et les plus âgés, ce sont eux qui ont bouleversé l'harmonie qui régnait sur Arda (la Terre de Middle Earth) en créant les Silmarils (artefacts d'une magie si puissante qu'elle concurrençait celle des dieux), libérant le malheur sur le monde. Les Sindar ou Elfes-Gris sont sans doute les plus nombreux, ils ont participé aux grandes guerres antiques opposant pour la première fois le Bien au Mal. Ayant des sentiments partagés vis à vis de leurs congénères Eldar, ils se sont plus battus pour défendre leurs royaumes en péril que pour aider ces dernier dans leur quête des Silmarils (tout cela fait partir d'une histoire très longue et complexe, qui fait l'objet d'un livre : le Silmarillon). Les Elfes Sylvains, enfin, se sont vite enfermés dans un ultra-protectionnisme, voulant le moins possible prendre part aux évènements qui ont ébranlé le monde, ils vivent en parfaite harmonie avec la Nature, et son plutôt hostiles - mais pas néfastes. Ces trois sortes d'Elfes se considèrent comme des cousins plutôt que comme des frères, ils ont chacun des divergences mais restent néanmoins une seule race, et partagent tous un maîtrise extraordinaire de la magie : ce sont des artistes (l'art comme forme de magie est une idée répandue dans le fantastique, ainsi dans l'Arcane des Épées, la magie se dit " l'Art "). Tous comme les Nains, ils utilisent les runes comme écriture magique, et d'ailleurs ils partagent entre eux de nombres de secrets : avant d'être séparés par la trahison des Nains (les Nains considèrent naturellement que c'est une trahison des Elfes) ils ont été très proches et ont vécu dans l'entente durant des millénaires.
     En dépit de leur quasi-perfection, l'histoire de la race elfique est la plus grande tragédie de Middle Earth, depuis l'apparition de l'Homme, ils n'ont cessé de diminuer en nombre, leur espèce étant atteinte par un mal existentiel aigu du à leur condition immortelle. Après un grand essor suivant leur apparition, ils n'ont pas su évoluer, ils ne vivent plus que par leur passé, et son rattrapés par celui-ci. Les naissances chez les Elfes vont devenir de plus en plus exceptionnelles et à l'époque du LoR ils ne sont qu'un peuple en sursis hanté par une infinie tristesse. D'ailleurs, la Guerre de l'Anneau narrée dans le LoR met en scène la fin des Elfes, une fin triste certes, mais honorable puisque c'est dans un dernier sursaut magnanime qu'ils vont permettre au Bien de l'emporter. Les Elfes dans leur aura de perfection sont en fait l'anti-image du barbare, ils symbolisent tout ce qu'il y a de noble, de beau et de civilisé, leur échec face à l'humanité fait particulièrement penser à l'échec de la civilisation grecquo-romaine face aux envahisseur barbares. Ainsi, on pourrait dire que Tolkien a une vision optimiste de l'avenir puisque les forces du Mal sont refoulées, pourtant, on sent que son cœur est pour les Elfes, et que leur désespoir, c'est son désespoir d'artiste et de penseur devant la barbarie des hommes, barbarie qu'il a connu à travers les deux Guerres Mondiales auxquelles il a assisté, et même participé pour ce qui est de la première.

     Les Hobbits (hobbit est un mot inventé par Tolkien qui est si riche en influences linguistiques et en connotations étymologiques qu'il faut absolument avoir lu les pages du Bréviaire du Hobbit de David Day pour le cerner) sont de petits êtres (un peu plus petits que les Nains et surtout moins robustes) tout à fait sympathiques. Pour tous ceux qui ont au moins lu The Hobbit, il n'est pas possible d'oublier la présentation que fait d'eux Tolkien : " Dans un trou vivait un Hobbit …" Le Hobbit est tout à la fois héros et antihéros, on le sent bien dans le personnage typiquement hobbitique qu'est Bilbo. Le Hobbit est un paradoxe, petit et faible dans un monde ou cohabitent des puissances tentaculaires, il est la clé de tout. Il est tellement parfait dans ses imperfections, tellement attachant dans sa naïveté, que rien ne peut lui résister, il possède le " je-ne-sais-quoi " qu'à perçu Gandalf le Magicien lorsqu'il a projeté Bilbo dans le vaste monde. La Comté, patrie des Hobbits, est loin d'être l'Eden des Royaumes elfiques et pourtant c'est là qu'on se sent chez soi, d'ailleurs, qui voudrait d'un Eden ? Un monde parfait ou rien ne peut arriver qui change quoi que ce soit, un monde parfait soit, mais dénué de vie… La Comté représente la vie, les Hobbit sont la Vitalité, ils sont l'Espoir, et finalement, ce sont eux qui vont réellement l'emporter dans le LoR. L'emporter non pas politiquement ou militairement, mais l'emporter dans la lutte du Bien contre le Mal, de la Vie contre la Mort, et surtout, l'emporter dans le cœur et l'esprit du lecteur. Certes, les Hobbits ne sont liés en rien à la barbarie, et ne s'y opposent pas aussi radicalement que les Elfes, pourtant, il était capital d'en dire un mot pour appréhender l'univers de Tolkien.

     L'Homme, enfin, est la race la plus répandue dans Middle Earth, il en existe d'innombrables peuples. Paradoxalement, Tolkien s'en désintéresse presque, les Hommes sont le plus souvent corrompus, orgueilleux ou égoïstes. Ils croient remporter la Guerre de l'Anneau mais le lecteur sait pertinemment que leur rôle était assez superficiel. Certains, malgré tout, sont héroïques, loyaux ou bons, mais ce ne sont qu'une élite. Et encore, parmi ceux-là, leurs qualités s'expliquent par le sang elfique qui coule en eux. En effet, l'alliance des Elfes et des Humains n'est pas stérile et il en résulte des Demi-Elfes. Lorsque le côté elfique l'emporte (pensez à Elrond le Demi-Elfe), l'avatar ne diffère guère d'un Elfe normal et il garde l'immortalité. Dans l'autre cas, il ne jouit que très partiellement de ses caractéristiques d'Elfe et est soumis au trépas. Ces derniers vont en se mêlant aux humains former un peuple à part : les Dunadans. La plupart des héros humains auront ainsi de lointains ancêtres elfes. Finalement, cela ne fait qu'enlever plus de mérite à l'espèce humaine.
     L'Homme commun chez Tolkien n'est guère plus qu'un barbare, à la civilisation archaïque. Prenez par exemple les Cavaliers du Rohan, ils sont une image presque fidèle - je dis bien presque - des barbares historiques : ils prennent leurs origines à l'Est, dans les grandes plaines, et y prennent le goût de l'équitation, ils sont grands, musclés et blonds - l'idéal germanique en sorte, et en passant par le Nord (Framsburg et la Haute Vallée de l'Anduin), redescendent vers un Occident méridional occupé par un Royaume en déclin, qui leur accorde des terres pour éviter les conflits et pour se protéger lui-même contre d'autres envahisseurs. Tolkien ici a totalement adapté la vérité historique à son univers. D'ailleurs, dans Middle Earth comme dans l'Europe antique, l'envahisseur vient toujours de l'Est. Mais Tolkien ne fait pas ici une caricature facile du barbare, au contraire, il consacre des centaines de pages à ce peuple et lui donne un âme. D'ailleurs, ce qui ressort de ce peuple, plus que la barbarie, ce l'honneur et le courage, jamais ces barbares n'ont fait de massacres gratuits, finalement, tout en étant barbares au sens historique du terme, ils ne le sont pas au sens moderne.

     Ainsi, Tolkien montre des images très différentes du barbare, paradoxales parfois, mais pas contradictoires. En bien des aspects, elles sont plus intéressantes que celles, ou plutôt celle - car c'est malheureusement toujours la même, que l'on retrouve dans l'heroic fantasy qui a succédée à Tolkien. Le " gros bourrin " - comme on a tendance à dire - avec sa grande hache double qui ne vit que par sa force physique. Mais après tout, c'est aussi cela qui fait le succès de l'heroic fantasy, et d'excellents livres cultivent cette barbarie (pensez à la Tapisserie de Fionavar de Guy Gavriel Kay, où l'on s'amuse aux côtés de jeunes gens qui deviennent des héros en puissance, massacrant à souhait les vils ennemis qu'ils rencontrent).


     Pourtant, ce n'est qu'un aspect de la barbarie, et l'autre me semble plus important. Tolkien nous le laissait entrevoir avec l'échec des Elfes, et avec eux l'échec du Beau, du Parfait, de l'Idéal. Dans Chroniques Martiennes, Ray Bradbury nous le montre à sa manière, avec la tragédie de Mars, sorte d'Eden peuplé de créatures mystérieuses et fantastiques qui se voit envahir (soulignez que l'envahissement revient toujours lorsqu'on parle de barbares) par des hommes sans scrupules. Ils apportent avec eux la maladie qui anéantie l'Eden martien, et en croyant précisément faire de Mars un nouvel Eden avec la plantation de forêts, ils ne font qu'achever de détruire un monde : l'œuvre de Bradbury est un Mea Culpa pour l'humanité. Ici, contrairement aux Elfes de Tolkien, les Martiens n'expriment pas eux-même leur tristesse, mais elle surgit dans le cœur du lecteur ainsi que chez certains envahisseurs pris de remords. Bien plus que chez Tolkien, la barbarie est destructrice, totalement négative.

     Et comment ne pas penser aux Cantos d'Hypérion de Dan Simmons ? Les extros, même si on découvre à la fin qu'ils ne sont pas les responsables, sont le symbole, jusque dans leur nom (extro fait penser à " venu d'ailleurs ") du barbare conquérant et destructeur. La destruction du Bosquet de Dieu (d'ailleurs Dan Simmons ne cache pas son inspiration : Yggdrasil, le mystérieux vaisseau-arbre issu du Bosquet de Dieu a pour nom celui de l'Arbre Sacré des Nordiques, et le patronyme de son pilote, Maasten, sonne étrangement scandinave) est emblématique, c'est - comme dans Chroniques Martiennes - l'annihilation de l'Idéal. En définitive, on découvre que ce sont les machines qui sont les responsables, et ainsi, l'Homme est pardonné, lavé de ces atrocités, et qui plus est, on découvre que la civilisation extro est proche de l'utopie, et vaut mille fois celle des humains du Retz. La morale de ce retournement est que la barbarie peut cacher la civilisation, et réciproquement.


     L'image du barbare, toujours dans le fantastique, se retrouve particulièrement dans les jeux de rôle (appelons les JDRs). Il existe trois formes dominantes de jeux de rôles : le Grandeur-Nature ou GN, qui ne nous intéressera pas ici, car comme on y évolue " pour de vrai ", il vaut mieux éviter la barbarie… Le jeux de plateau, comme Warhammer, sont avant tout des jeux de stratégie, pas si éloignés de Risk ou des jeux de société de ce genre ; néanmoins l'image du barbare y apparaît sous la forme de hordes de figurines hirsutes en plomb brandissant de grandes haches de guerre et peintes avec plus ou moins de talent, pour finalement ressembler à des sortes d'hommes des cavernes. L'intéressant, pour nous, c'est le JDR sur table, avec le Maître du jeu (MJ), les " Personnages Joueurs " (PJs), leurs collections de dés aux formes diverses et leurs hermétiques livres remplis d'obscures tables de chiffres et de lettres . Ici, l'image du barbare n'est guère riche, mais elle est essentielle au jeu, pour certains du moins. De Dongeons & Dragons à Rolemaster, en passant par L5R, le barbare est incontournable. Combien sont les joueurs à s'être grisés dans d'improbables combats opposant leur surpuissant guerrier nordique à quelque monstre blasphématoire.

     Le personnage fascinant d'Ours Blond fut petit à petit développé par un ami dans le cadre d'une campagne de Rolemaster. Barbare nordique originaire de Norska (un pays imaginaire ressemblant à la Scandinavie des mythes), il naquit d'un Ours et d'une Nordique, et dès le berceau fit de son père sa première victime car sa force était alors déjà extraordinaire. Durant sa vie, il accomplit des massacres épiques, faisant de sa force une légende. Armé de Bearslayer, sa hache de guerre enchantée, il devait ouvrir les portes du Walhalla (correspond chez les Nordiques aux Champs-Élysées des Grecs) pour réaliser sa destinée ; mais il n'en fut rien, car après avoir aidé les Elfes, il fut invité à leur banquet, où il ingurgita des quantités héroïques de bière avant de se soulager sur l'Arbre Sacré et de violer la Princesse : il fut mis à mort. Ours Blond est typiquement l'image du barbare dans le JDR (bien que sa personnalité et son histoire soient développés plus que d'ordinaire), et on saisit bien l'écart qui existe avec les barbares historiques, qui n'étaient à la vérité guère plus brutaux que les autres peuples de l'époque (il ne faudrait pas croire que Alexandre ou César soient des exemples d'humanisme). Ainsi, le barbare dans les JDRs est une extension du barbare de la littérature fantastique, sa bestialité est accentuée tandis que la civilisation disparaît presque complètement : il est complètement stéréotypé.


Ours Blond, Berseker Nordique...


     Cette image peut être accolée à n'importe quel univers, par exemple, dans le JDR Star Wars, j'ai développé Svart Kamper, un " contrebandier-pilote-guerrier ". Ne vivant que pour le jeu, l'alcool et le combat, il fait montre d'une violence extrême contre ses ennemi : interrogatoires sanglants, ou, en guise de bombe, largage d'un traître lesté de grenades. Passionné d'armes, il ne voyage jamais sans en avoir une quinzaine sur lui, et plus elles sont grosses et puissantes, plus elles lui plaisent. Par ailleurs, sa condition de pilote-contrebandier fait de lui un marginal et où qu'il soit, un étranger. Dans cet exemple extrême, plus rien ne subsiste du barbare historique (alors qu'Ours Blond lui était encore apparenté), ce n'est plus que la projection mentale qu'on s'en fait : la notion de barbare au sens moderne est mise à nu.

     Dans les films, le barbare moderne s'est tellement répandu qu'il est devenu de toute banalité. De Rambo à Terminator en passant par des personnages plus " raffinés " comme William Wallace dans Braveheart, tous sont à leur manière des barbares. Le succès immense de ces films traduit et trahit (" tradutore, traditore ") le besoin de puissance, de force, de pouvoir auquel aspire inconsciemment tout homme. Freud y aurait certainement vu l'expression du " ça " ou des pulsions sexuelles, et il ne s'y tromperait pas, car la puissance a bien quelque chose à voir avec le sexe, ce n'est pas nouveau. Toute la puissance et la violence que l'on nous montre sur les écrans sont grisante et jouissive, comme dans les JDR : quel bonheur que de voir notre héros préféré désintégrer ses pires adversaires avec un Desert Eagle dans chaque main ! Certains crient à la décadence, ils nous comparent aux Romains se délectant des massacres perpétrés dans les arènes de jeux, seulement, lorsque nous assistons à des combats grandioses dans le Colisée de Gladiator, tout est fictif et il n'y a pas de martyrs. Finalement, en buvant toute cette violence virtuelle nous étanchons la soif d'une violence bien réelle, celle-là, aussi il serait dommage de condamner cette barbarie fictive.

     Les fictions se sont souvent inspirées de la culture et de la mythologie, mais ont manifestement transformé la notion de barbare et de barbarie. En extrapolant, en exagérant et même en inventant, elles ont fait du barbare un être sanguinaire et bestial, aux tendances anarchiques qui le rend bien plus proche de l'homme préhistorique, voire de l'animal, que du Viking ou du Celte. La barbarie des fictions est devenu un moyen d'évacuer la notre, et peut-être aussi un moyen d'affronter notre peur de la rencontrer dans la réalité.

Raphaël Roche










L'image du barbare dans l'Art



     De nos jours l'image du barbare est bien différente de la réalité. Il aura été notamment très caricaturée. L'Art pictural, sculptural et la publicité en témoignent largement.
     De nombreux publicitaires ont utilisé l'image du barbare symbolisant la puissance, la force et la conquête, qui sont des thèmes très en vogue à notre époque. Prenons par exemple deux publicités, tout d'abord la publicité " P'tit Vittel " destinée à une clientèle entre 5 et 10 ans. Elle met en scène une mère célibataire et ses deux enfants. Soudain pris d'une irrésistible soif, les deux chérubins se transforment en héros de mangas obligeant leur mère à assouvir leur besoin. Cette image que l'on pourrait considérer lointaine du sujet définit en fait une nouvelle version du " barbarisme ". Mais les enfants ne sont pas les seules cibles. En effet, nous pouvons de la même manière citer une publicité sur un déodorant : " Axe " qui redéfinit l'image du barbare comme un homme séduisant, puissant et viril. Celle-ci a été reprise pour un parfum : " Drakar ", qui est une référence directe à cette civilisation (le Drakar était l'évolution la plus technique du bateau barbare). Comme nous pouvons le constater, le " barbare " est une notion très utilisée mais pas seulement en publicité.
     Effectivement, le surréalisme est le courant le plus proche de la notion de " barbarie ". Notamment le tableau " Tour menthe poivrée " (Hans Belmer). Celui-ci met en œuvre une scène entre violence et pornographie sur un fond d'angoisse. En effet, les couleurs entre le gris et le noir placent un décor particulier qui de plus est fait de briques. Seul le centre du tableau semble fait de chair. Il représente un mélange de certaines parties du corps : les bras, la lèvre… La violence s'explique par l'introduction d'un bâton dans le corps et le mouvement de la main crispée sur celui-ci où les phalanges extremment tendues marquent la contracture et la douleur. Sans oublier de préciser que cet acte est comparable à la pénétration de l'acte sexuel. Tout cet ensemble de couleurs, de violence et d'idées implicites peuvent choquer et être plus ou moins vu comme quelque chose de " barbare ", mais tout dépend du point de vue de chacun. Le cubisme est aussi représentatif de cette idée par le tableau illustre " Guernica " de Picasso. Celui-ci donne une image violente des expressions des gens pendant la destruction d'un village durant la guerre de Franco vers 1934. La géométrie organisée place une atmosphère de douleur. Notamment grâce à la crispation des visages renforcée par les couleurs sombres. On peut citer aussi la représentation de la femme et de son enfant mourant dans ses bras ainsi que la désarticulation des corps qui marquent la souffrance. Mais les hommes ne sont pas les seuls représentés, les animaux ont aussi leur place , on le voit avec le taureau et le cheval qui sont en plus les emblèmes de l'Espagne. La peur est mise en scène par un mouvement de panique de la population fuyant les flammes du village en feu mais aussi par l'expression des regards apeurés. C'est une représentation de la "barbarie" particulière par l'introduction d'images violentes et la schématisation des personnages.
     En sculpture, on retrouve l'idée de "barbarie" dans l'Art sculptural nègre de par les préjugés de notre société. Mais il n'est pas en lui-même "barbare", c'est plutôt l'atmosphère guerrière et malfaisante traduite par des visages grimaçant taillés dans l'ébène.
     Nous pouvons donc en conclure, qu'à l'époque contemporaine, le thème "Barbare" est largement utilisé, et traduit à la fois la violence, la force, la séduction, la guerre ou même la pornographie sans pour autant être l'image du barbare qui était certes, un guerrier mais aussi un membre d'une société organisée. L'Art contemporain dresse donc plutôt une caricature du barbare.

Fanny Laurent.










Sondage


QUELQUES RESULTATS



1. Comment définiriez vous les mots "barbare" et "barbarie" ?
Une brutalité exacerbée, un manque d'humanité

2. Donnez des exemples. (TV, cinéma, livres, BD)
Les vikings sur leur bateau, les méchants de Mulan

3. Comment visualisez vous le barbare de l'époque et celui d'aujourd'hui ?
Epoque : des brutes assoiffées de sang sans aucune morale ni aucun scrupule. Habillés comme les pirates dans Astérix Aujourd'hui : quelqu'un qui manque vraiment de tolérance

4. Ressentez vous une différence entre la définition moderne et antique de barbare ?
Pour moi les valeurs ont changé, ce qui est important : la tolérance avant tout.



1. Comment définiriez vous les mots " barbare " et " barbarie " ?
C'est une personne qui est violente et qui fait des conquêtes. Un homme qui ressemble aux Vikings. Un acte de Barbarie par exemple est un acte violent, sanguinaire, impulsif. C'est quelqu'un qui fonctionne grâce à son instinct et qui est un peu primitif.

2. Donnez en des exemples (TV, cinéma, livre, BD)
Livres et films qui concernent les Vikings.

3. Comment visualisez-vous le barbare de l'époque et celui de maintenant ?
Comme un pirate autrefois et un tueur en série ou un criminel de nos jours

4. Ressentez vous une différence entre la définition moderne et antique du barbare ?
Autrefois, ils étaient plus sanguinaires que maintenant, car on les laissait faire. Maintenant, ils sont considérés comme un danger pour la société et donc dès qu'ils tuent ils sont enfermés pour éviter qu'ils fassent un massacre.



1. Comment définiriez vous les mots " barbare " et " barbarie " ?
Acte de violence dépourvu de moindre notion d'humanité

2. Donnez-en des exemples (TV, cinéma, livres, BD)
Film : " Rue Barbare ", " Conan le barbare "
Conte : " Barbe bleue "
Guerres en général : Nazisme, Kosovo

3. Comment visualisez vous le barbare de l'époque et celui d'aujourd'hui ?
- Epoque : homme trapu avec de longs cheveux et une grande barbe. Coiffé d'un casque et vêtu de peau de bêtes avec un ceinturon autour de la taille
- Maintenant : n'importe quel commun des mortels
- L'aspect est différent aux deux époques mais la personnalité reste la même.

4. Ressentez vous une différence entre le définition moderne et antique du barbare ?
Différence de " look " uniquement en fonction des époque mais pas de différence au niveau des actes ( surtout en ce qui concerne la violence).



1. Comment définiriez vous les mots " barbare " et " barbarie " ?
- Un barbare, est une personne qui est méchante et violente, qui ne respecte rien et qui veut tout avoir pour elle. Mais aussi on peut considérer par exemple un anarchiste comme un barbare.
- La barbarie, c'est quelque chose qui concerne la guerre avec des gens qui tue les civils et qui sont sans pitié.
- A l'époque du christianisme chez les romains, un barbare était quelqu'un de non chrétien.

2. Donnez-en des exemples ( TV, cinéma, livres, BD )
- Dans le film " Robin des bois, prince des voleurs ", les Celtes sont représentés comme des brutes sanguinaires et casi-cannibales.
- Hitler ou Pinochet : régime totalitaire, dictature
- Les clones, et farines animales sont de la barbarie scientifique

3. Comment visualisez vous le barbare de l'époque et celui d'aujourd'hui ?
- A l'époque : il y avait plus de violence, c'était plus physique.
- Aujourd'hui : la barbarie actuelle est plus psychologique en plus de la violence physique. Cela concerne plus une idéologie. Le barbarisme est donc à la fois moral et physique.

4. Ressentez vous une différence entre la définition moderne et antique du barbare ?
Elle est différente car maintenant les gens considérés comme " barbares " savent ce qu'ils font. Ils ont un fonctionnement précis. La violence est aussi différente mais accentuée car on possède de nouvelles armes maintenant. Il y a donc un changement aussi bien physique que moral.



Commentaire :



     Notre sondage nous indique bien que la vison actuelle du barbare est totalement différente de ce qu'il est vraiment.
     La définition puisée du barbare est : " étranger " pour les grecs et les romains puis plus tard pour les chrétiens. D'autres notions y sont ajoutées ensuite : celle de sauvagerie, de vulgarité et d'incorrection.
     La plupart des exemples cités réfèrent à la seconde partie de la définition de par une méconnaissance de ce peuple. Ainsi " Conan la barbare " ou " Rahan " sont les plus récurrents.
     Le profil du barbare semble être : un guerrier sanguinaire, pilleur, violent ou encore un pirate. Seule une notion citée est juste : le barbare est bien un homme vêtu d'un casque en fer avec des cheveux longs, des moustaches ou une barbe. Il était également habillé de peau ou de fourrures coupées et lacées par des lanières de cuir. Il se chaussait l'hiver de peau de bêtes fourrées de pailles ou de brindilles, puis l'été il était le plus souvent pied nu.
     Ses armes étaient des glaives ou des outils, essentiellement les marteaux et la hache.
     Cela constitue une grande différence avec la définition moderne du barbare qui semble être de nos jours un homme parmi tant d'autres; seules ses caractéristiques psychologiques et ses quelques unes de ses actions, quelles soient plus ou moins violentes, le défini.

Fanny Laurent.